26 juillet 2005

HIGHWAY TO HELL

Le thème du jour n'est pas le groupe de rock le plus raffiné d'Australie, non, nous allons plutôt nous diriger vers l'Amérique du Sud. Plus particulièrement vers le Venezuela de Mr. Hugo Chavez et de sa flamboyante «Révolution Bolivarienne».

En lisant les nouvelles sur le site de la BBC, je suis tombé, il y a quelques jours, sur un intéressant petit article relatant une des dernières initiatives du bouillant président Chavez. Venons-y. Il s'agit de confisquer des entreprises privées qui ont cessé leurs activités et les remettre en route, sous forme de coopératives, au profit des travailleurs et de la communauté en général. Hum. Admettons dans un premier temps que l'intention ne soit pas tout à fait mauvaise, ce qui est douteux, mais on ne peut pas à priori en vouloir à un projet qui a ostensiblement pour but d'améliorer le sort de communautés qui pataugent à limite du, voire sous, le seuil de pauvreté. Voyons simplement la question pratique essentielle : ce projet a-t-il la moindre chance de fonctionner ?
Je ne vais pas affirmer que chacune des coopératives qui seront ainsi nées auront fait faillite dans cinq ans si le gouvernement ne les subside pas à grand coup de pétrodollars : on ne sait jamais. En revanche, quelles sont leurs perspectives. Bon, bien que je ne sois pas économiste, je dirais que, dans la majorité des cas, si un outil de production est resté inactif pendant une longue période c'est probablement parce qu'il ne peut pas tourner de manière rentable dans les conditions actuelles de marché : on n'en sort pas. On peut éventuellement imaginer des exceptions, par exemple une usine que se serait arrêtée tandis que les héritiers d'un propriétaire décédé s'en disputent le contrôle ou encore une entreprise en faillite bloquée jusqu'à ce que les créanciers s'entendent, ce qui, ma foi, peut durer. Mais ces cas de figure restent, il me semble, extrêmement marginaux. Si une entreprise, particulièrement si elle est basée autour d'un outil de production c'est à dire celles qui semblent surtout visées par Mr. Chavez, pouvait être profitable sans aide considérable de l'état, il y a de très très fortes chances qu'elle trouverait un repreneur relativement vite et ne resterait pas longtemps inactive.
C'est ici qu'on en vient à un des effets pervers de l'initiative : si le gouvernement crée un climat dans lequel la notion de propriété privée devient relative, un investisseur aura plus tendance à hésiter avant de reprendre une entreprise en difficulté et on risque d'avoir en conséquence beaucoup plus d'outils en inactivité. Le même investisseur hésitera pour les mêmes raisons à créer une nouvelle industrie, ce qui ne peut pas vraiment avoir d'effets positifs. Si ce n'est peut-être pour Mr. Chavez lui-même, d'une manière des plus perverses.
Au-delà de cela, j'émets certaines réserves à l'égard du système coopératif tel que je l'ai vu appliqué, soit au sein de coopératives agricoles au Brésil. Lorsqu'elles sont apparues, elles étaient présentées comme la panacée pour les petits producteurs (il n'y pas que des « latifúndios » au Brésil) et les résultats ne sont pas des plus mirobolants... Pour résumer très brièvement la situation, on peut, bien qu'il existe énormément de nuances, les mettre dans deux catégories : soit elles s'en sont tenues à un stricte coopérativisme et l'impossibilité d'arriver à des décisions économiquement optimales les a le plus souvent mises en quasi faillite, soit des hommes forts locaux les ont prises en main et les gèrent plus ou moins comme on gère une S.A., parfois mal, menant par leur corruption les coopératives à la faillite, et parfois bien tout de même. Mais plus du tout selon l'idéal initial.
Si ses projets peuvent sembler saugrenus, voire dangereux, d'un point de vue économique, Mr Chavez n'en reste pas moins un poète qui sait faire vibrer les foules et retentir les cloches de la fraternité bolivarienne. Il présente ainsi les choix proposés au peuple vénézuélien :
"Either capitalism, which is the road to hell, or socialism, for those who want to build the kingdom of god on Earth".
(Tel que cité en anglais par la BBC, j'imagine que le discours était en espagnol mais je n'ai pas réussi à retrouver l'article sur site hispanophone de la même BBC...)
Ouïe! Il arrive en une seule phrase à prendre le ton de deux des courants de pensée les plus ridiculement dogmatiques de notre temps : les socialistes non réformés et les chrétiens évangéliques. Voilà qui rebuterait les uns autant que les autres !

Link vers l'article de la BBC : ici aussi